La « nouvelle théologie romaine » à la Commission théologique internationale
Parmi les nouvelles nominations à la Commission Théologique Internationale, CTI, publiées il y a trois jours, on remarque celle du P. Philippe Vallin, maître de conférences en théologie systématique à la Faculté de théologie de l’Université Marc-Bloch de Strasbourg, où il enseigne ou a enseigné l’anthropologie théologique, la doctrine de la grâce, l’eschatologie, la sotériologie, et où il participe à un séminaire consacré aux théologiens français du XXème siècle en général, et à Henri de Lubac en particulier. Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, il a été étudiant à l’Université Grégorienne de Rome puis à l’Université de Strasbourg où il a présenté sa thèse de doctorat en théologie (une thèse de théologie catholique : c’est une précision importante à Strasbourg où la théologie de la faculté « catholique » relèvpour une bonne part d’une espèce de déisme rationaliste). Sa thèse est publiée sous le titre Le Prochain comme tierce personne dans la théologie de la création chez saint Thomas d’Aquin (Vrin, « Bibliothèque thomiste », 2000). Né à Nancy en 1956, le P. Vallin est prêtre, oratorien de saint Philippe Néri. Identitaire ecclésiologiquement, sans être nullement traditionaliste, il a exercé 2003 à 2007 les fonctions de secrétaire de la Commission doctrinale des évêques de France, ce qui nous a valu une note négative, quoique nuancée, sur le film de Mel Gibson La Passion du Christ, dont il aurait pu, au moins politiquement, se dispenser, et qui affirmait notamment : « Il n’y a pas assez d’amour dans la croix de Mel Gibson ». Il y a donc actuellement deux français à la CTI : le P. Vallin, qui vient d’y être nommé, et le P. P. Serge Thomas Bonino, directeur de la Revue thomiste, dont la présence est confirmée. Deux Français auxquels... 
Vatican/États-Unis : on a évité « l’incident diplomatique ». Mais à quel prix ?
Et comment donc s’est passée l’audience très “médiatisée” accordée par le pape à Obama le 10 juillet dernier ? « Mieux que prévue » a confié Bertone, le secrétaire d’État, avec un soupir de soulagement. « Mieux que prévue » c’est sûr : parce que cette audience aurait bien pu ne pas même avoir lieu, et qu’elle a été obtenue “à l’arraché” après bien des concessions du Governo, c’est-à-dire la Curie dirigée par la secrétairerie d’État. Massimo Franco, du Corriere della Sera, revient, en partie, sur cette affaire dans un article du 18 juillet, bien documenté mais gâché par une conclusion qui relève de ce que les Français appelle « la méthode Coué », cette forme d’autosuggestion que semble aussi avoir adoptée la Secrétairerie d’État. La Curie comporte, en effet, quelques “poids lourds” américains qui n’ont pas ménagé, depuis novembre dernier, leurs critiques contre Obama : le cardinal Francis James Stafford, Penitenziere maggiore, et l’archevêque Raymond Burke, préfet de la Signatura. Ces critiques ont été prises très mal par la Maison Blanche qui a discrètement d’abord, puis de manière de plus en plus pressante – et menaçante – demandé au Vatican de « faire taire » Stafford et Burke. Pour les gens d’Obama, ces déclarations hostiles ne relevaient pas du droit d’expression constitutionnel que donne à tout citoyen américain le Premier Amendement, mais, compte tenu de l’importance de ces prélats à la Curie, elles exprimaient objectivement, pour la Maison Blanche, l’hostilité du Saint Siège à la nouvelle administration américaine. L’affrontement diplomatique a duré des mois et a failli se solder par un incident diplomatique majeur : la Maison Blanche menaçant de dénoncer publiquement l’ingérence du Vatican dans les affaires intérieures des... 
Les finances du Vatican après Marcinkus (5) : quand le bâtiment va, tout va !
Le groupe Follieri/Sodano a donc une intense politique immobilière. Pas seulement en Amérique. Les fonds arrivent dans la Péninsule, pour se placer, selon les précautions d’usage, dans les niches suisses, ce dont se chargent Guido Sodano, et dit-on, Thimoty Broglio, secrétaire du cardinal Secrétaire d’État, devenu évêque aux armées des Etats-Unis en 2007. Les fonds nécessaires à la libération d’Alessandro Sodano se trouvent par le fait couverts, mais aussi beaucoup d’autres œuvres de charité ou d’intérêt ecclésiastique. Et, comme dans la parabole de la multiplication des pains, après toutes les distributions, il reste de grosses corbeilles, que l’on place avec prudence : immeubles, terrains, oliveraies. D’autant que la jonction caritative se fait avec l’immense richesse des deux banquiers argentins dont j’ai déjà parlé, qui avaient été diplomates auprès du Saint-Siège à l’époque de Menem : Juan Esteban (Cacho) Caselli, membre du conseil d’administration de la Fondation San Matteo (œuvres humanitaires vaticanes vers les pays pauvres), et Francisco Javier Trusso. Juan Esteban Caselli avait investi notamment dans des hôtels en Italie, des aéroports en Amérique du Sud. Trusso, qui avait moins diversifié, fut touché de plein fouet par la crise économique en Argentine, laquelle élimina son empire. Son fils, sage et élémentaire précaution, s’était enfui avec des fonds suffisants, mais le père n’échappa pas aux procès, spécialement pour ses commerces avec l’Equateur, la Croatie. En revanche, Caselli, qui deviendra plus tard, comme je l’ai dit, « gentilhomme de Sa Sainteté », était pratiquement devenu un homme de la Curie. Ambassadeur de l’Ordre de Malte au Pérou (Trusso l’était en Argentine : la valise diplomatique, disent les malveillants…), il a une magnifique villa à Castel Gandolfo, où durant l’été il reçoit de nombreux prélats. Le richissime... 
Les finances du Vatican après Marcinkus (4) : l’ami des Clinton et du Secrétaire d’Etat
Raffaello Follieri n’avait pas lu les aventures de Rastignac et de Rubempré, mais avait pour modèle le légendaire Onassis. Il était le jeune premier aux dents très longues, qui s’est imposé au-delà de toutes espérances dans le pays où il avait « émigré ». Présenté à Bill Clinton, comme un philanthrope de très haut vol, auquel il fit des promesses qu’il ne pourra tenir, Raffaello mena la très grande vie dans le monde richissime qui entoure Bill et Hillary. Il vivait dans un immense appartement d’un luxe fabuleux sur la 5e Avenue, au cœur de Manhattan. Tous les palaces du monde le connaissaient, piscines de champagne, baignoires de caviar… Il s’y affichait avec sa maîtresse, l’actrice hollywoodienne Anne Hathaway (Le Diable s’habille en Prada) de 2004 à juin 2008. Juin 2008, car Anne Hathaway, qui lui est restée fidèle dans les premiers malheurs, comprit alors qu’elle devait le lâcher si elle ne voulait pas sombrer avec lui. Raffaello avait buté sur Ron Burkle, milliardaire californien amis des Clinton, qui accusa Follieri de s’être approprié (ah le vilain garçon !) des sommes fabuleuses sur les biens sociaux de son groupe et d’un groupe de Burkle. Après avoir méprisé les campagnes de presse, Follieri fut poursuivi judiciairement, puis par Interpol après une longue cavale au terme de laquelle il fut retrouvé en Argentine, dans une villa appartenant au cardinal Sandri, auquel il avait demandé l’asile de l’Église. Des millions de dollars s’étaient envolés, mais rien de très grave au fond. Car Raffaello n’avait que 30 ans : un accord à l’américaine fut passé en justice pour un emprisonnement de 4 ans contre déclaration de culpabilité. Il reconnaissait être l’unique coupable de toutes les affaires qui font l’objet de poursuites, et reconnaissait notamment avoir abusé de l’autorité du cardinal... 
Les finances du Vatican après Marcinkus (3) : la parabole de l’intendant infidèle
Avec Andrea Sodano, les Follieri, père et fils, Pasquale et Raffaello, ont donc fondé le Follieri Group à New York, dont Raffaelo, moins de la trentaine, était président, et Andrea, neveu du cardinal Sodano, vice-président. Le Follieri Group était une société immobilière ayant pour but principal de « fournir assistance à l’Église catholique dans la cession de son patrimoine immobilier ». En effet, de nombres diocèses des Etats-Unis, jadis riches, étaient alors acculés à la ruine du fait des sommes fabuleuses de dommages et intérêts qu’ils devaient payer comme responsables des prêtres condamnés pour pédophilie. Les Follieri vont fournir de l’argent frais à l’Église américaine, moyennant cessions immobilières, dont les profits iront notamment à des œuvres philanthropiques ou religieuses. Ils achetaient des terrains, des écoles, des locaux qui étaient la propriété des diocèses. Ils acquirent les propriétés immobilières de trois grands diocèses américains, et participèrent à une vingtaine d’autres grosses cessions ecclésiastiques. C’était une formidable entreprise payante et philanthropique, comme il en existe beaucoup dans le Nouveau Monde. Signe particulier : elle n’était pas protestante mais catho-américaine celle-là. Le groupe avait de très grosses disponibilités. Ses dirigeants n’allaient – en avions privés, borsalinos, lunettes noires… – que dans les évêchés catholiques, payaient cash en dollars sortis de la mallette (5 millions de dollars à Chicago, etc.) Des dollars pas blanchis mais bénits, diront ensuite les feuilles de la Péninsule. De là, ils passèrent au Canada, au Mexique, en Amérique centrale. On estime à plus de 100 millions de dollars les propriétés ecclésiastiques acquises et intelligemment mises en valeur. Y compris pour le profit des pauvres. La parabole de l’Intendant... 
Mgr Boccardo, archevêque de Spolète
Cette nomination flatteuse montre que la « campagne » en faveur de la nomination de Renato Boccardo à la nonciature apostolique à Paris, dont j’avais fait largement état le 13 juin dernier en rapportant les excellentes informations données par Francisco José Fernández de la Cigoña, sur son blog Periodista digital, a fait long feu. Mais la manœuvre « poudre aux yeux » des soutiens de Mgr Boccardo était de grand style. Après tout, elle aurait pu réussir… Et puis, le nouvel archevêque s’intègre à la mise en place des fidèles de Mgr Filoni, le tout-puissant substitut de la Secrétairerie d’État. Mgr Boccardo laisse sa place à Mgr Carlo Viganò au Secrétariat du Gouvernement de l’État de la Cité du Vatican, qui en deviendra ensuite Président et cardinal à la place du cardinal Lajolo. Il est récompensé par l’évêché de Spolète, et il lui restera à attendre un prochain pontificat pour être promu en un lieu où il pourra recevoir la barrette rouge. A attendre peut-être un certain temps…  Lire plus →
Recife : Fisichella désavoué, Cardoso justifié…
L’Osservatore Romano a publié dans son édition parue dans l’édition disponible vendredi 10 juillet dans l’après-midi (mais datée du 11), une  Chiarificazione » (clarification, éclaircissements) « Sull’aborto procurato » (sur l’avortement provoqué »), de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (mais non signée), qui répond de manière officielle – puisque l’appel à la “une” figure dans la rubrique « Nos informations » – à de nombreuses interrogations des catholiques pro life du monde entier. En effet, lorsque le propre président de l’Académie pontificale pour la vie, l’archevêque Rino Fisichella, a fait paraître, à la “une” de L’Osservatore Romano du 15 mars ses “réflexions” – si l’on peut dire… – intitulées Dalla parte della bambina brasiliana – du côté de la fillette brésilienne âgée de neufs ans, violée répétitivement par le compagnon de sa mère et enceinte de jumeaux qu’on avorta – les critiques n’avaient pas manqué. Elles étaient de trois ordres : factuel, disciplinaire et doctrinal. Mgr Fisichella offrait une rédaction de l’« affaire » brésilienne, fondée sur des faits fantaisistes. Une “œuvre d’imagination” en quelque sorte qu’il lui eût été aisé de ramener au réel, ne serait-ce qu’en passant un coup de téléphone à son confrère, l’archevêque d’Olinda et Recife, pour se documenter. Ce qu’il ne fit pas et n’a pas fait depuis… Dans l’ordre de la discipline, Fisichella désavoua son confrère Mgr Cardoso pour avoir annoncé que les médecins qui avaient pratiqué ce double avortement étaient automatiquement (latæ sententiæ) excommuniés. Plus grave encore, Fisichella laissait entendre que, dans certaines circonstances, l’avortement provoqué, abusivement qualifié de thérapeutique, pouvait être admis, étant sauve... 
Mgr Pozzo à la direction de la Commission Ecclesia Dei
Qu’il me soit permis de rappeler ce que j’ai écrit ici le jeudi 11 juin : Je disais qu’administrativement, l’hypothèse de la « disparition » de la Commission Ecclesia Dei, selon les rumeurs les plus crédibles, prendrait la forme de la « dégradation » de la cette Commission, qui donnerait l’impression de devenir une section du Saint-Office. J’ajoutais que, moralement, c’était l’inverse d’une dégradation, parce que le but de la décision de Benoît XVI serait de faire que la Commission passe ainsi sous le contrôle des hommes les plus étroitement fidèles au pape, ceux qui ne se mouchent pas sans lui demander permission, ceux dans lesquels il a totale confiance : le personnel du Saint-Office. Un mois après, voici publié ce 8 juillet, le Motu Proprio Ecclesiae unitatem, daté du 2 juillet, qui confirme ces intuitions. Ce document ne parle que de la préparation des voies de la réintégration de la Fraternité Saint-Pie-X : puisque « les problèmes qui doivent être traités avec la Fraternité sont de nature essentiellement doctrinale », la Commission est désormais intégrée à l’organisme chargé de la Foi. On avait imaginé un Motu Proprio plus explicite au sujet de l’interprétation du Concile, qui aurait pu proposer aux principaux adversaires du Concile de le « reconnaitre », mais en l’aseptisant au point qu’il ne serait plus « Le » Concile. Mais on a finalement jugé plus habile, au dernier étage des Palais apostoliques, de rester prudemment dans le vague : on va discuter doctrine ; voilà tout. Ce qui veut dire aussi, logiquement, que, pour le moment, tout continue comme avant pour les autres charges de la Commission Ecclesia Dei (l’application de la liturgie tridentine et la gestion des prêtres tridentins). La véritable nouvelle, comme je... 
Les visites ad limina agacent-elles les évêques français?
Mgr Claude Dagens a été reçu à l’Académie française le 14 mai, au fauteuil de René Rémond. Selon la tradition, en effet, un ecclésiastique siège toujours parmi les « immortels », depuis la fondation de l’Institut. Or, le RP Carré et le cardinal Lustiger venaient de mourir. Rien dans cette élection qui puisse choquer, naturellement! En revanche, j’ai été surpris de lire, dans le dossier que la « Documentation catholique » (n°2426) a consacré à l’événement cette phrase de Florence Delay, qui accueillait le nouvel académicien: « Les statistiques ne vous inquiètent pas davantage. Vous les estimez respectables, utiles, indiscutables, mais de là à accorder aux sondages une espèce d’autorité transcendante, non! C’est pourquoi les visites à la Curie vaticane – comien de baptisés? combien d’ordinations? combien de conversions? – vous mettent de mauvaise humeur. » (p. 629) J’ignore s’il est vrai que Mgr Dagens soit de mauvaise humeur quand il va à Rome. Mais, si c’est le cas, c’est tout de même préoccupant. Mgr d’Angoulême estime-t-il que le saint-siège n’ait rien à voir dans la gestion de son diocèse? Et estime-t-il que les chiffres dramatiques des vocations et des baptêmes, qui témoignent d’une déchristianisation rapide de la France, soient sans intérêt? En sommes-nous encore aux cocoricos triomphalistes des années 1970, où l’on nous disait que l’on avait certes perdu des prêtres et des fidèles, mais que ceux qu’on avait désormais étaient d’une autre qualité que ceux des siècles précédents?!  Lire plus →
Benoît XVI refuse-t-il de convertir les Juifs?
Le pèlerinage du Pape en Terre sainte a été une nouvelle occasion de lire des choses pour le moins fantaisistes sur les relations entre l’Eglise et le judaïsme post-chrétien. Dans sa version la plus sensationnelle, cela donne le « scoop » suivant: Benoît XVI se serait engagé à ne plus rechercher la conversion des Juifs! Cette  »information » a été donnée par le « Jerusalem Post » du 12 mai dernier, sous le titre: « Vatican to stop missionizing Jews » . A lire cet article, le Pape, au cours de sa rencontre avec le grand rabbinat de Jérusalem, aurait « accepté que l’Eglise catholique cesse son activité missionnaire parmi les Juifs ». En réalité, rien dans le discours du 12 mai devant le grand rabbinat ne permet de déduire quoi que ce soit d’approchant: Benoît XVI y parle de respect, de compréhension et même d’amitié réciproques. Il évoque la possibilité de travailler ensemble pour la défense de la vie, de la famille, contre le relativisme moral… Mais rien de tout cela n’implique de renoncer à la conversion des Juifs. Il va de soi qu’entre un discours officiel (surtout un discours écrit par un homme qui prête autant d’attention aux mots qu’il emploie le Pape actuel) et la lecture par un journal peu réputé pour sa connaissance de la doctrine catholique, le bon sens pousse à accorder sa confiance au discours officiel. Jusqu’à plus ample informé, le « scoop » du « Jerusalem Post » me paraît donc peu vraisemblable et peu fondé. Au demeurant, l’Eglise catholique ne peut renoncer à la conversion des Juifs (comme d’ailleurs à la conversion de tous les hommes) sans renoncer à sa nature même. Affirmer comme certains théologiens (et même certains évêques…) l’ont... 

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