Sandro Magister, Romano Amerio et le dilemme catholique

Il est toujours utile de lire avec soin les analyses de grand vaticaniste Sandro Magister. Excellent connaisseur de la curie romaine et de l’épiscopat italien, il est aussi (et d’abord!) un excellent connaisseur des questions théologiques contemporaines, ce qui donne à ses textes une profondeur inhabituelle chez les journalistes. Il se trouve que, par ailleurs, Sandro Magister est un admirateur du grand penseur chrétien Romano Amerio. Pour ma part, j’avais trouvé absolument remarquable le « Iota unum » d’Amerio – livre auquel je ne crois pas que les théologiens néo-modernistes aient seulement tenté de répondre. Et admirateur d’Amerio, il nous informe avec vigilance de la parution des « Opera omnia » du philosophe. Dans un passionnant article, que je vous conseille vivement, il signale la parution de « Zibaldone », 3e volume de ces « Opera omnia ». Et il commente, notamment en disant ceci: « De cette analyse fortement critique qu’il appliquait aussi au concile Vatican II, Amerio tirait ce qu’Enrico Maria Radaelli, son fidèle disciple et le responsable de la publication des œuvres du maître, appelle le « grand dilemme qui se trouve au fond du christianisme d’aujourd’hui ». Ce dilemme est de savoir si, entre le magistère de l’Église avant Vatican II et celui d’après le concile, il y a continuité ou rupture. » Je retiens deux idées de l’analyse de Sandro Magister: 1) Le problème n°1 de l’Eglise aujourd’hui est de savoir si le magistère conciliaire et post-conciliaire est en continuité avec le magistère antérieur. Cette question doctrinale relègue les graves crises traversées ces dernières années au second plan. Car le problème de fond est de savoir si l’Eglise nous transmet ou non les paroles de la vie éternelle. 2) Romano Amerio ne s’interdisait pas de critiquer les textes du concile eux-mêmes. Depuis plusieurs années, et tout spécialement depuis l’arrivée de Joseph Ratzinger sur la chaire de saint Pierre, des critiques autorisées de telle ou telle compréhension hétérodoxe du concile existent. Amerio est, quant à lui, un pas en avant par rapport à cette critique des interprétations erronées. Il critique à l’occasion le texte même. 3) Cette critique ne le conduit cependant pas à nier l’indéfectibilité de l’Eglise (promise par le Christ). Sandro Magister résume parfaitement: « Mais Amerio était convaincu – et Radaelli l’explique bien dans son ample postface à « Zibaldone » – que cette protection que le Christ assure à son Église ne vaut que pour les définitions dogmatiques « ex cathedra » du magistère, pas pour les enseignements incertains, fluctuants, discutables, « pastoraux », du concile Vatican II et des décennies suivantes. En effet Amerio et Radaelli voient précisément la cause de la crise de l’Église conciliaire et postconciliaire – une crise qui a amené celle-ci tout près de sa perdition « impossible mais presque réalisée » – dans le fait d’avoir voulu renoncer à un magistère impératif, à des définitions dogmatiques « non équivoques dans le langage, certaines dans le contenu, contraignantes dans la forme, comme on s’attend à ce que soient au moins les enseignements d’un concile ». » Je dois dire que la thèse d’Amerio me paraît extrêmement solide. Je n’ai pas qualité pour dire si elle est juste ou non. Car seul le magistère de l’Eglise a qualité pour trancher ce « grand dilemme du christianisme ». Et plus vite il le fera, mieux cela vaudra! Si Dieu veut que les discussions doctrinales avec la Fraternité St Pie X servent à cela, je m’en réjouirai vivement…

1 commentaire »

  1. avatar Boris Maire à écrit:

    Bonjour,

    je l’ai toujours exprimé, la crise principale me semble Ecclésiologique.

    Lorsque je lis, grâce à vous : « 1) Le problème n°1 de l’Eglise aujourd’hui est de savoir si le magistère conciliaire et post-conciliaire est en continuité avec le magistère antérieur. Cette question doctrinale relègue les graves crises traversées ces dernières années au second plan « , je comprend :  » Est-ce que l’Eglise actuelle est différente de l’Eglise pré-conciliaire ? », avec pour cela des doctrines différentes.

    Encore une fois, je trouve que la thèse ou la question de ce philosophe conforte mon interprétation de la crise : qu’est-ce que l’Eglise ? Est-elle une institution nouvelle née dans les années 60 ? Ou bien a-t-elle des racines plus profondes (pré-Vatican II) ?

    Tant que nos Evêques et prêtres diocésains refuseront les racines anté-Vatican II, alors les églises particulières seront coupées de leurs et racines et de leur histoire, et comme le chantait « starmania » :  » pas passé, pas d’avenir « . Comment savoir où l’on va si on ne s’est pas d’où l’on vient ? N’est-ce pas prendre le risque de revenir sur ses pas ?
    Est-ce vraiment cela l’Eglise, une institution ou communauté déboussolée ?

    UdP,
    Boris Maire

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