L’archevêque Kurt Koch, qui vient, fort heureusement, de succéder au cardinal Walter Kasper, à la présidence du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a confié au site espagnol Gaudium et Spes quelques réflexions qui ne sont pas sans intérêt sur Sacrosanctum Concilium, la première constitution votée de Vatican II sur la liturgie :
« Toutes ces choses dont des gens disent que ce furent des nouveautés après le concile de Vatican II, n’étaient pas dans la Constitution sur la liturgie. Par exemple, célébrer l’Eucharistie face aux fidèles n’a jamais été un objectif de la Tradition. La Tradition a toujours voulu qu’on célèbre face à l’Est, parce que c’est là que s’est produit la résurrection (…) La seconde chose, c’est la langue vernaculaire. Le concile avait souhaité que le latin demeure la langue de la liturgie. Et pourtant, toutes ces choses très profondes, fondamentales, qui sont dans la Constitution sont encore ignorées d’un grand nombre. Par exemple dans toute la liturgie et dans la liturgie pascale. Le mystère de Pâques, mort et résurrection de Jésus-Christ. On ne peut pas célébrer [le mystère pascal] sans le sacrifice, et c’est là un thème signalé dans la théologie. Tout cela parce que la Constitution sur la Révélation [Dei Verbum] n’est toujours et pas davantage connue dans l’Église. Nous avons encore beaucoup à faire pour recevoir le concile. »
Source: Gaudium et Spes
















Mais alors…d’où est venu ce « glissement » de la forme ordinaire vers une espèce de variété de « culte », que l’on constate dans beaucoup de paroisses, avec des bricolages, des chants profanes, lesquels desservent le SENS PROFOND DE LA CELEBRATION DU SACRIFICE .
Le « diable » s’est-il introduit dans la Maison, sous couvert de modernisme???
M. Philippe Boehler,
pour répondre à votre question, je vous recommande la lecture de l’article suivant sur la site de la Schola Saint Maur :
http://www.scholasaintmaur.net/Apprendre_a_prier/Liturgie_mais_que_se_passe-t_il_dans_la_Sainte_Eglise.html
Il faut aussi lire ce que Denis Crouan, de l’association Pro Liturgia, a écrit (mais qui n’est plus en ligne) : les clercs des années 50 et avant n’avait pas forcément une vocation forte et profonde, mais le cadre rigide de la doctrine et de la Liturgie les obligeait à être de pas trop mauvais prêtres. Avec les années 50-60, le début des expérimentations, l’arrivé du règne de l’individualisme roi et le prétexte du concile (et surtout sa manipulation médiatique), ces clercs se sont crus autorisés à développer leur individualisme, ce qu’ils croyaient être vrai et bon mais opposé au catholicisme. Le cadre a volé en éclat et aucun Evêque n’a joué son rôle de gardien (épiscopos) de la doctrine et de la Liturgie, ce qui, soit dit en passant, s’oppose de front à la constitution conciliaire.
Regardons les problèmes que nous rencontrons de nos jours :
– des prêtres diocésains mal formés, incompétents en liturgie, connaissant mal la doctrine de l’Eglise
– des laïcs mis bien trop en avant, parfois au détriment des prêtres
– des séminaires vides
Qui est responsable dans tous les cas ? Qui est responsable de la formation des prêtres et séminaristes ? Le supérieur du séminaire ? Et qui le nomme ?
Qui donne mission à des laïcs ?
Qui est le gardien de la Foi dans un diocèse ?
Le glissement vient de là : le vide sidéral des Evêques dans le domaine Spirituel, de la Foi et par conséquence de la Liturgie. Vide sidéral en matière de connaissance de la doctrine catholique. Combien parmi nos Evêques sont docteurs en théologie ? Aucun des 3 cardinaux Français en poste en France !
L’immense majorité s’est arrêté à la licence, quelques un ont une maitrise. Mais les docteurs en théologie se comptent sur les doigts de la main.
Par contre, regardez vers la Communauté Saint martin : dès les années 70, Mgr Guérin a choisit l’herméneutique de la continuité. Résultat : de nombreux prêtres docteurs en théologie (dans les divers domaines), en soutane, utilisant le Latin, célébrant « ad orientem » le nouvel ordo ! Et là, pas de glissement mais au contraire des conversions nombreuses tous les ans, des vocations (la maison de formation est devenue trop petite), un séminaire affilié à l’Université du Latran.
C’est donc bien ce refus du cadre traditionnel qui a poussé Evêques et prêtres dans le modernisme et la sécularisation, abandonnant au passage la Foi catholique en partie.
UdP,
Boris Maire
Très intéressant ! Serait-il possible d’avoir les références ou le texte complet de Mgr Koch?
Merci
Cher Philippe, on vous dira sans doute que c’est dû aux « mauvaises interprétations » (applications) de Vatican II. C’est le grand slogan pour réfuter toute critique et c’est justement ce nuage de fumée en forme de pétition de principe qui rend si nécessaire une interprétation au sens fort, au sens d’une intervention magistérielle detinée à fixer clairement ce que Vatican II a volontairement laissé dans le flou. En ce sens, les discussions en cours entre la Fraternité Saint-Pie X sont très importantes pour l’Eglise dans son ensemble, puisque leur portée dépasse (heureusement!) largement les questions touchant en propre à cette société de prêtres.
Mgr Koch tient de bons propos sur la liturgie (quoiqu’il soit un peu naïf de ne pas voir les « bombes à retardement » dans Sacrosanctum Concilium) mais il n’est pas aussi brillant que cela en matière… d’oecuménisme. Or c’est précisément sa nouvelle charge. La Croix du 1er juillet dernier cite (p.21) une lettre qu’il a adressée le 6 juillet 2007 à la fédération protestante helvétique, en tant que président de la conférence épiscopale suisse. Dans cette lettre, Mgr Koch dit noir sur blanc que le premier but de l’oecuménisme n’est pas la conversion des autres.
Contrairement à ce que croyaient certains, cette nomination de Benoît XVI n’est donc pas un jalon de restauration. Il aurait mieux valu nommer Mgr Koch au Culte divin.
Merci à Martha pour cette référence. Cette façon de dissocier le dialogue et la prédication/la mission est typique de Vatican II. Et qu’on ne dise pas qu’il s’agit d’une mauvause interprétation de ce concile, d’une herméneutique de rupture etc. C’est Jean XXIII lui-même (alors encore Mgr Roncalli) qui, au congrès oecuménique de Palerme en 1957, avait réclamé la constitution d’un mouvement de dialogue oecuménique parallèle à la Congrégation de la propogation de la foi. Faut-il s’étonner, après cela, que le dialogue oecuménique soit un blabla permanent qui ne cherche à ramener personne à la vraie Eglise? Qu’on ne me parle pas de « dérive » et autres « abus », puisque c’est le « pape du Concile » qui rejoint ainsi Mgr Koch.
@ Luc, le Saint-Siège a clairement condamné ce que vous dénoncez à juste titre par le biais de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 2007 et 2000.
http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20071203_nota-evangelizzazione_fr.html
http://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_con_cfaith_doc_20000806_dominus-iesus_fr.html
A présent, c’est le devoir de chaque évêque, prêtre, diacre et fidèle laïc de les connaître et de les mettre en pratique.
Pax +