Mgr Jean-Louis Bruguès. Chronique sur un théologien « ordinaire » (3)

En revanche, le 3 juin 2009, L’Osservatore Romano publiait un discours ultra-ratzinguérien tout à fait remarquable de Mgr Bruguès aux recteurs de séminaires, en prélude à l’Année sacerdotale. Il décrivait en termes clairs les dégâts de l’après-concile, notamment en Europe, y compris l’ignorance impressionnante sur des points de doctrine élémentaire dont font aujourd’hui preuve les jeunes qui entrent au séminaire. Cette ignorance est telle que, parmi les remèdes, Mgr Bruguès souhaitait que la première année de séminaire soit consacrée à apprendre le catéchisme (ignorait-il que la plupart des séminaires pratiquent déjà ce colmatage des voies d’eau ouverte par l’après-Concile ?). Ceci dit, le sous-patron des séminaires et universités se bornait à des constats, très lucides mais qui restaient constats sans suite, sur le mode autorité-après-Vatican II-et-après-68 : « Les universités catholiques se répartissent aujourd’hui selon cette ligne de partage. Certaines jouent la carte de l’adaptation et de la coopération avec la société sécularisée, ce qui les contraint à prendre leurs distances de manière critique à propos de tel ou tel aspect de la doctrine ou de la morale catholique. D’autres, d’inspiration plus récente, mettent l’accent sur l’affirmation de la foi et la participation active à l’évangélisation. Il en est de même pour les écoles catholiques. » C’était drôlement bien vu ! Et après ?

En suite de ce beau discours, personne ne fut surpris que, le 19 novembre 2009, Benoît XVI nommât Jean-Louis Bruguès Consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la foi.

Moi, si. J’ai sous les yeux une copie théologique qui eût jadis fait recaler n’importe quel candidat au baccalauréat ou à la licence en théologie. Il s’agit de deux articles publiés par la Semaine religieuse d’Angers, les 4 et 11 juin 2006, après l’assemblée du Synode des Evêques consacrée à l’Eucharistie, à laquelle il avait participé, articles dont le thème était : « Quelques réflexions au retour du Synode de Rome. Les divorcés remariés et l’eucharistie ».

Le correcteur qui aurait eu à noter l’élève Bruguès, aurait d’abord froncé les sourcils devant ses bévues théologiques. Dans une première « piste » se trouve celle-ci : on pourrait reconnaître comme invalide le mariage de baptisés catholiques qui n’ont pas la foi. J.-L. Bruguès semble ignorer qu’il bouleverse l’objectivité foncière de l’économie sacramentelle. Le concile de Trente ne rappelle-t-il pas qu’un ministre qui n’a pas la foi (or, les époux sont habituellement considérés comme ministres du sacrement) confectionne cependant un sacrement valide (par exemple, le non-catholique baptisant pour lui rendre service et à sa demande un ami mourant), dès lors qu’il accomplit sérieusement le rite de l’Église ? On veut bien que la foi incertaine ou absente d’un époux ou des deux induise éventuellement la non-acceptation des fins du mariage que l’Église reste la dernière à défendre, laquelle non-acceptation rendrait en effet le consentement inexistant et le mariage invalide. De cela le prêtre qui reçoit la demande des époux va juger. Mais ce serait une considérable novation de refuser le sacrement à un baptisé pour motif de « non-foi ». A moins que J.-L. Bruguès ne veuille élaborer un nouvel empêchement canonique prohibant au mariage. Et pourquoi ne pas appliquer aux ordinations sacerdotales et épiscopales cette invalidité pour non-foi catholique de l’évêque qui ordonne ? Bonjour les dégâts…

(à suivre)

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