Les supérieures américaines réticentes devant la visite apostolique
En règle générale, une visite apostolique doit être discrète, d’une part pour être efficace, d’autre part pour respecter les personnes visitées. J’ai donc été surpris de voir la dernière visite apostolique diligentée par Rome dans les congrégations religieuses féminines apostoliques aux Etats-Unis faire l’objet d’un communiqué de presse de la Leaderhip Conference of Women Religious (LCWR, conférence des supérieures de congrégations, qui réunit quelque 800 supérieures d’ordres religieux, et qui est actuellement présidée par Mère Mary Clare Millea, supérieure générale des Apôtres du Sacré-Coeur de Jésus). Et plus surpris encore de voir la teneur du communiqué de presse. De quoi s’agit-il? La congrégation pour la doctrine de la foi a décidé une visite apostolique, confiée à Mgr Blair, évêque de Toledo (Ohio), pour examiner certaines positions doctrinales de la LCWR, en particulier sur la réception de la lettre Ordinatio sacerdotalis de Jean-Paul II (lettre qui rappelait la doctrine traditionnelle catholique sur l’impossibilité d’ordonner des femmes au sacerdoce) ou la réception de Dominus Jesus (document rappelant la doctrine traditionnelle sur la médiation unique du Christ et de l’Eglise pour le salut des hommes)… Le moins que l’on puisse dire, c’est que la congrégation pour la doctrine de la foi est bien dans son rôle en organisant ce type de visite apostolique. Eh bien! La LCWR, dans son communiqué de presse, se plaint du manque de transparence sur les motivations et les sources de cette enquête. Il me semble pourtant assez simple de répondre: il est de notoriété publique que plusieurs religieuses théologiennes américaines ont énoncé des thèses théologiques pour le moins « problématiques », notamment sur la question du sacerdoce féminin et l’usage du langage inclusif – devenu quasi... 
Légionnaires du Christ: l’enquête continue…
J’ai déjà parlé (voir ici) de l’enquête canonique diligentée par le saint-siège dans la congrégation des Légionnaires du Christ. Notre confrère, Daniel Hamiche, signale qu’aux Etats-Unis, les langues commencent à se délier (voir ici). Ainsi l’abbé James Farfaglia, naguère prêtre chez les Légionnaires et aujourd’hui prêtre dans le diocèse de Corpus Christi (Texas), a posé publiquement 8 questions au RP Alvaro Corcuerra, supérieur général des Légionnaires (voir ici). Comme le dit, Daniel Hamiche, ces questions « sont franches, elles n’affirment rien, elles n’accusent pas, elles sont – évidemment – documentées : elles exigent donc des réponses elles aussi franches »… 1. Pourquoi le Père Maciel a-t-il été expulsé du séminaire de son oncle, l’évêque Rafael Guizar y Valencia ? Son oncle a-t-il découvert que le Père Maciel était impliqué dans un réseau homosexuel de séminaristes ? Est-ce que découverte a provoqué une attaque cardiaque chez son oncle et causé sa mort subite ? 2. Pourquoi le Père Maciel a-t-il été brusquement expulsé du séminaire jésuite de Montezuma? Ses supérieurs ont-ils découvert qu’il était impliqué dans un réseau homosexuel de séminaristes? 3. Le Père Maciel est-il coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec la première de ses plus importantes donatrices, Talita Retes ? Est-ce la raison pour laquelle elle l’a soutenu financièrement ? 4. Pourquoi la Légion du Christ admet-elle que le Père Maciel a eu une double vie, quand il s’agit de sa maîtresse et de sa fille ? Pourquoi n’admet-elle pas que le Père Maciel fut coupable d’abus sexuels sur de nombreux séminaristes depuis la fondation de la Congrégation ? Formulé différemment : pourquoi est-ce la fille qui constitue le problème principal alors que les allégations d’abus homosexuels ne... 
Une génération de déracinés… mais pieux!
Dans son discours aux recteurs de séminaires pontificaux, dont j’ai déjà parlé ici, Mgr Jean-Louis Bruguès, secrétaire de la congrégation pour l’Education catholique, a évoqué un problème majeur de l’époque actuelle: l’ignorance religieuse des jeunes séminaristes. « Les jeunes qui se présentent dans nos maisons de formation ne connaissent plus rien ou presque de la doctrine catholique, de l’histoire de l’Eglise et de ces usages. » Pour répondre à cette inculture, Mgr Bruguès propose de programmer une année de propédeutique, pour découvrir le Catéchisme de l’Eglise catholique. Ce manque de racine dans la Tradition catholique est évidemment une source d’inquiétude. Cela peut aussi être une chance, comme le remarque l’auteur: « Les jeunes qui viennent à nous savent qu’ils ne savent pas; ils sont humbles et désireux d’assimiler le message de l’Eglise. On peut vraiment travailler avec eux. Leur inculture offre cet aspect positif: ils ne véhiculent plus avec eux les préjugés négatifs de leurs aînés. » Prions pour que cet aspect positif l’emporte! En tout cas, voilà, me semble-t-il, une vision fort exacte des séminaristes actuels: pieux, désireux de servir l’Eglise et désireux de découvrir sa Tradition, dont ils ont été privés par l’attitude anti-doctrinale criminelle de leurs aînés. Décidément, dans l’Eglise comme ailleurs, il est temps d’en finir avec l’esprit de mai 68!  Lire plus →
Medjugorje: sanctions contre le P. Vlasic
Le RP Tomislav Vlasic ofm, accompagnateur des six « voyants » de Medjugorje, a été réduit à l’état laïque. La décision du Vatican a été signifiée par le cardinal Levada, préfet de la congrégation de la doctrine de la foi, au TRP Carballo, ministre général des franciscains, par une lettre datée du 10 mars dernier – mais la nouvelle n’en a été rendue publique qu’à la fin du mois de juillet. Le RP Vlasic faisait depuis longtemps l’objet d’une enquête pour « diffusion de doctrine douteuse, manipulation des consciences, mysticisme suspect, désobéissance aux ordres légitimes… » Proche des « voyants » depuis l’origine des « apparitions » en 1981, le RP Vlasic avait été accusé par l’évêque de Mostar d’avoir créé de toute pièce le phénomène. Rappelons aussi que celui qui était alors le cardinal Ratzinger avait, en 1985, au nom de la congrégation pour la doctrine de la foi interdit tout pèlerinage public au sanctuaire de Medjugorje. NB: les guillemets aux termes « voyants » et « apparitions » ne visent pas à dénigrer; seulement à rappeler que l’Eglise (ni au plan local, ni au plan universel) n’a reconnu la réalité d’apparitions de la Vierge Marie à Medjugorje. Je n’ai aucune compétence pour juger de la réalité de ces apparitions. Je constate simplement qu’il serait tout à fait unique dans l’histoire de l’Eglise que la Ste Vierge apparaisse tous les jours pendant plus de 20 ans… et, plus encore, qu’elle délivre un enseignement appelant parfois à l’insurrection des fidèles contre l’évêque, comme cela semble ressortir de certains messages qui ont circulé. Dans ses apparitions reconnues par l’autorité canonique, la Vierge... 
La communication vaticane et la publicité
Une nouvelle importante est passée quasiment inaperçue dans la presse française, malgré quelques articles ici ou là: le service de communication du saint-siège – que j’ai souvent eu l’occasion de critiquer sur ce blogue, tant il me semble qu’il dessert la stratégie de Benoît XVI – a fait un pas de plus dans l’alignement sur les médias dominants. En effet, depuis le 26 mai dernier, Radio Vatican, présidée par le RP Federico Lombardi sj (encore lui!), a décidé de s’ouvrir à la publicité. Naturellement, la publicité n’est pas un mal en soi. On peut raisonnablement imaginer que la régie publicitaire sélectionnera les annonceurs en fonction de la spéficité de cette radio. Mais cette radio, qui tenait depuis le 12 février 1931 sans se conformer au modèle médiatique dominant et en gardant sa parfaite indépendance à l’égard du pouvoir financier, vient de rejoindre ce modèle dominant. Nous ne pouvons que le regretter…  Lire plus →
La « résistance » complexe de Mgr Bruguès
Un fidèle lecteur, excellent connaisseur de certains dicastères, m’envoie ce message, contenant d’utiles nuances et précisions, en réaction à mon article sur le discours de Mgr Bruguès (voir ici): Votre article reprenant le document Mgr Jean-Louis Bruguès, aux recteurs de séminaires pontificaux.est très intéressant. Vous dites, à juste titre qu’il « est hautement significatif que l’auteur de cette analyse soit un ancien évêque de France – alors que l’on sait que l’épiscopat français a été l’un des plus fervents défenseurs de ce « modèle de composition » avec l’épiscopat allemand ». Qui plus est, l’auteur de l’analyse est… Mgr Bruguès, qui a lui-même été un homme « de composition », modéré il est vrai, mais indubitablement « composant ». Dominicain de la province de Toulouse, il n’a jamais été des amis des véritables « résistants » qui font la force de cette province, bien loin de là. Devenu évêque d’Angers, ce spécialiste de morale a été plus que décevant avec ses positions sur la question du « moindre mal » (l’usage du préservatif). Etonnamment, cet évêque d’Angers, dont le Saint-Siège et la nonciature attendaient (et ont attendu sans résultat jusqu’à la fin de son mandat) qu’il fonde un « bon » séminaire dans son diocèse, a été malgré tout nommé secrétaire de la Congrégation pour l’Education catholique, en charge précisément des séminaires diocésains. « Courant de composition » contre « courant de résistance », dit Mgr Bruguès ? En réalité, il sait mieux que personne que le « courant de composition » étant globalement hors circuit, tout se joue aujourd’hui à Rome entre « résistants-résistants » (pour donner un exemple : Mgr Burke, de la Signature apostolique) et « résistants-modérés » (par exemple : Mgr Filoni, Substitut du Secrétaire d’État pour les Affaires... 
Réforme du droit du travail au Vatican
Le pape est aussi un chef d’Etat. Comme tel, il doit prendre des décisions temporelles, qui n’engagent évidemment pas son autorité apostolique, mais qui n’en sont pas moins intéressantes. Ainsi en est-il de sa récente décision de réformer le droit du travail au Vatican. Un motu proprio daté du 7 juillet dernier vient de réformer le fonctionnement de l’ULSA (Ufficio del Lavoro della Sede Aspotolica, appelé en français Bureau central du travail). L’ULSA a été créé voici un peu plus de 20 ans, par Jean-Paul II, le 1er janvier 2009. Ce nouveau texte a surtout pour objectif de réformer les structures de négociation et de médiation entre les employés du Vatican et leurs employeurs. Mais ce fut également l’occasion pour le Vatican de réformer un peu sa « politique familiale » et sa « politique de retraite ». L’actuel directeur de l’ULSA, Massimo Buffachi, a détaillé ces réformes. L’âge de la retraite est repoussé de 65 à 67 ans pour les laïques qui commenceront à travailler au Vatican à partir de 2010. Il reste fixé à 75 ans pour les prêtres et évêques. Par ailleurs, les allocations familiales sont revalorisées pour toute nouvelle naissance (et d’autant plus que la famille est plus nombreuse, d’une part; et dispose de moins de revenus, d’autre part). Signalons enfin que les conditions de travail (salaires, retraites…) des hommes et des femmes au Vatican – quoi que l’on dise régulièrement dans les médias sur la prétendue misogynie de l’Eglise – sont identiques depuis déjà de longues années. A l’heure où la France songe à rogner sur les retraites des mères de famille, la comparaison est intéressante…  Lire plus →
Caritas in veritate: Benoît XVI et le gouvernement mondial
Le paragraphe 67 de l’encyclique Caritas in veritate contient une assertion surprenante: « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. » Il est urgent que soit mise en place une véritable autorité politique mondiale. Est-ce à dire que Benoît XVI soutient l’idéologie mondialiste? La réponse à cette question est loin d’être simple. Un premier élément de réponse tient à la notion de bien commun (coeur de l’encyclique). Le bien commun est traditionnellement lié à une « société parfaite ». Et, à l’heure actuelle, nous ne connaissons que deux types de sociétés parfaites: l’Etat dans l’ordre temporel; l’Eglise dans l’ordre spirituel. Pourtant, il existe une forme de bien commun supra-étatique. Par exemple, les questions de régulation des transactions financières, les questions de sauvegarde de l’environnement, ou les questions de défense de la dignité de la personne humaine dépassent souvent le cadre étatique. Problème: depuis la fin de la chrétienté médiévale, aucune société parfaite n’a d’autorité politique dépassant le cadre de l’Etat (alors qu’au Moyen Age, les arbitrages pontificaux, clairement supra-étatiques, avaient des conséquences temporelles évidentes). Nous oscillons donc entre le « sacro egoïsmo » des Etats-nations condamné par Pie IX dans le Syllabus et le désir de création d’une espèce de super-Etat. Aucune de ces deux « solutions » n’est satisfaisante. La tradition... 
Le « courant de composition » agonise; vive le « courant de résistance »!
La Documentation catholique n°2427 donne des extraits d’un discours du nouveau secrétaire de la congrégation pour l’Education catholique, Mgr Jean-Louis Bruguès, aux recteurs de séminaires pontificaux. Certains passages correspondent parfaitement à mon analyse du pontificat de Benoît XVI et me paraissent d’autant plus symptomatiques qu’ils figurent dans un discours n’ayant que peu de choses à voir avec ces questions. C’est pourquoi je crois utile de les signaler ici: « Il existe désormais dans l’Eglise européenne, peut-être aussi dans l’Eglisde américaine, uen ligne de partage, peut-être de fracture, [..] entre ce que j’appellerai un « courant de composition » et un « courant de résistance ». Le premier fait observer qu’il existe des valeurs à forte desnsité chrétienne dans la sécularisation, telles que l’égalité, la liberté, la solidarité, la responsabilité, et qu’il doit donc être possible de composer avec elle et trouver des domaines de coopération. Le second courant invite au contraire à prendre ses distances avec elle. Il estime que les différences ou les oppositions, surtout dans le domaine éthique, se feront de plus en plus marquées. Il propose donc un « modèle alternatif » au modèle dominant, et accepte de jouer le rôle de minorité contestatrice. « Le premier courant a été prédominant dans l’après-Concile; il a fourni la matrice idé »ologique des interprétations qui se sont imposées à la fin des années 1960 et durant la décennie de 1970. Les choses se sont inversées à partir des années 1980, notamment – mais non pas exclusivement – sous l’influence du Pape Jean-Paul II. Le courant de composition a vieilli, mais ses tenants détiennent encore des postes clés dans l’Eglise. Le courant du modèle... 
Caritas in veritate et « l’herméneutique de la continuité »
On sait que l’un des enjeux de l’actuel pontificat est de faire triompher une lecture du concile Vatican II et du magistère postérieur en continuité avec la Tradition. C’est ce que Benoît XVI appelle « l’herméneutique de la continuité » (voir notamment son discours du 22 décembre 2005 à la curie), par opposition à « l’herméneutique de rupture ». Cette dernière peut prendre deux formes: soit on considère que Vatican II et ce qui suit « annule » 19 siècles de Tradition; soit on interrompt la Tradition en 1962. Deux erreurs renvoyées dos à dos par Benoît XVI. Cette « herméneutique de la continuité » conduit souvent à oublier des problématiques des années 1960 et 1970, pour en valoriser d’autres. Voici un exemple, pris dans le paragraphe 29 de « Caritas in veritate ». Ce paragraphe est consacré au « droit à la liberté religieuse ». Ce n’est un secret pour personne que cette expression est l’une des plus problématiques de Vatican II. Pour deux raisons au moins: d’abord, la notion de liberté religieuse n’est pas simple à définir (en particulier, recouvre-t-elle ou non la notion de « liberté de conscience », condamnée par les pontifes romains du XIXe siècle?); et ensuite, la liberté religieuse constitue-t-elle un véritable droit, inhérent à la personne humaine comme telle, ou bien les Etats doivent-ils seulement tolérer l’erreur en matière religieuse, pour éviter des maux plus graves? Eh bien! curieusement, Benoît XVI ne semble pas s’intéresser à ces débats importants du concile et de l’après-concile. Il reprend l’expression, mais ne s’en sert nullement pour dire ce que serait ce « droit à la liberté religieuse », mais plutôt quelles erreurs... 

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